Laisser les enfants rencontrer le monde façonne leur personnalité.

C’est arrivé quelques fois qu’on me dise que ma façon d’être avec mes enfants est cool, sympa, ou encore inspirante. Je n’en suis pas si sûr. Je croirais même le contraire. Peut-être parce que je suis aussi sévère avec moi-même que je suis exigeant avec eux, parfois trop peut-être.

Cependant, je crois profondément en leur pouvoir d’explorer, de découvrir, d’oser, et par le fait même, de se réaliser. Si certaines expériences prennent du temps à trouver le forme juste dans leur esprit, j’ai foi en leurs aptitudes humaines et en leur capacité à apprendre. C’est dans cette posture particulière que je m’ancre pour leur laisser une certaine marge d’autonomie, afin qu’ils fassent leurs propres expériences.

Bien que je ne le souhaite pas, j’accepte l’idée qu’ils pourraient se blesser ou être blessés. Ça fait partie de l’apprentissage d’être au monde. Ça sert notamment à façonner la personnalité, et cela enseigne à savoir filtrer les expériences désirables et indésirables. Je pense qu’ainsi, ils apprendront à anticiper et à se construire des ressources pour la vie adulte.

Je plaints les enfants dont les parents sont toujours sur leur dos, “attention ceci, attention cela”. Certes, en tant que parent on a peur qu’il arrive quelque chose à nos enfants. Mais si on ne laisse pas une marge réelle d’apprentissage dans la relation que l’enfant établit avec le monde, ne prend-on pas le risque de réduire la sphère dans laquelle il est supposé développer son instinct de survie et à la confiance en lui-même ?

Hier, j’ai vu un couple de parents promener leur petite fille attachée à une laisse. Un peu partout, je vois des parents courir, s’agiter et s’exclamer à haute voix dès que leur enfant fait le moindre mouvement. Dans ce contexte, l’ère (l’air) de développement de l’enfant est constamment agité et investit par l’agitation des parents trop préoccupés. Mais, se soucient-ils un instant des effets que peut avoir leur comportement sur le ki de l’enfant, sur sa psyché et sur sa perception du monde ? Ont-ils conscience de la façon dont ils conditionnent ainsi l’esprit de l’enfant qui découvre le monde et doit, dans une certaine mesure apprendre à y faire face ?

Arrivé à la quarantaine, j’ai eu plusieurs occasions de prendre conscience que les ressources dont je me servais spontanément pour gérer les problèmes et les difficultés de ma vie relevaient directement de mes expériences d’enfant ? J’ai pris le temps de revoir les situations, les contextes dans lesquels ces ressources se sont construites. J’ai revisité les ressentis et les systèmes de croyances que se sont instaurés en moi, les capacités et les incapacités qui en ont découlé.

Cette prise de conscience me sert aujourd’hui dans ma relation avec mes enfants. Je sais que je ne pourrai pas leur éviter certaines expériences douloureuses. C’est pourquoi je m’évertue à leur laisser une marge utile et nécessaire, afin qu’ils accèdent à la possibilité de faire leur expérience, d’apprendre, de se construire, et enfin de se sentir et de se savoir entiers. C’est ce dernier point qui m’a le plus manqué lorsque je suis entré dans la 40aine, et c’est ce qui manque de façon cuisante à beaucoup de gens qui arrivent à cet âge particulier où la raison peine à trouver la réponse à la question : ” qui suis-je ? ”

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