Petits conseils entre amis pour bien apprendre le Seitai et les taiso, ou tout autre art du changement, qu’il vienne d’Asie ou d’Occident

En 20 ans de pratique, je suis toujours amusé d’observer combien de gens font constamment les mêmes erreurs quand ils arrivent au Seitai. Je ne me moque aucunement. Moi aussi j’ai débuté un jour. Cependant, il y a un certain stéréotype, comme un conditionnement qui pousse nombre de nouveaux venus à répéter le même type d’erreur :

  1. S’attendre à ce que le résultat vienne de la méthode
  2. Vouloir comprendre avant d’appliquer
  3. Ne pas se donner de délais réalistes pour réussir

En lisant cet article, vous saurez exactement comment il est préférable d’aborder le Seitai pour en tirer une plus grande satisfaction, de meilleurs résultats, et peut-être accéder à une ouverture d’esprit plus vaste et rassurante.

Attendre que le résultat vienne de la méthode

Trèèès souvent, des gens me demandent ce que le Seitai peut faire pour eux. D’autres fois, (c’est vraiment arrivé), les premières paroles après “bonjour Monsieur” sont : “j’ai mal ici, j’ai mal là, j’ai eu une opération il y a 3 mois,  et j’ai aussi tel et tel problème”. Le tout suivi d’un long silence.

C’est vrai que, quand on souffre, on a besoin d’une solution rapide et efficace. Quand on a mal, c’est tout à fait normal de souhaiter que cela s’arrête. Si on n’y arrive pas soi-même, c’est logique de faire appel à quelqu’un d’autre. Je n’ai pas de problème avec ça.

Maintenant, c’est surprenant de constater combien les membres de notre société moderne sont conditionnés à remettre entre les mains d’autrui, leur vie et leur destiné, comme s’ils n’avaient aucun pouvoir.  Auto démunis de leur pouvoir, réduits à l’impuissance, beaucoup se prennent à rêver qu’une méthode comme le Seitai va les libérer. C’est tout le contraire.

Le Seitai que m’a enseigné M. Imoto démontre que “chacun guérit grâce à la force de vivre qui l’anime”. Le rôle du Seitai est d’activer cette force afin qu’elle recommence à fonctionner en faveur de l’équilibre et de la santé. C’est ce que font merveilleusement bien les Taiso. Or, le seul moyen de bénéficier d’un taiso, est de le pratiquer soi-même en mettant son corps et sa vitalité en action. C’est ainsi que le Seitai s’y prend pour remettre directement le meilleur de vous même entre vos mains.

Si vous comprenez que c’est à vous d’activer vos forces, il faut ensuite déprogrammer un autre conditionnement bien occidental cette fois :

Comprendre avant de faire.

On ne peut en vouloir à personne, nous sommes élevés et conditionnés comme cela depuis l’enfance. Utiliser notre intellect pour appréhender la vie est notre principal mode de fonctionnement.  Pourtant, il faut bien se rendre compte que la connaissance intellectuelle est bien froide et sans saveur comparée à la richesse de l’expérience.

Si je vous dis que j’ai vécu deux années de ma vie à Tahiti. Et si vous ne connaissez pas cet endroit, peut-être penserez-vous aux cocotiers, au sable rose et blanc, aux lagons bleus, aux vahinés, aux petits poissons dans l’eau, etc…

D’une certaine façon, vous aurez parfaitement raison. Mais si vous observez bien vos processus internes, vous découvrirez que l’idée que vous vous faites de Tahiti est entièrement subjective, et non réelle. Je crois qu’on appelle cela une expérience vicariante. Peut-être que Tahiti, c’est l’enfer. Après tout, qu’en savez-vous ? Maintenant que j’ai dit cela, il se peut qu’un doute s’immisce dans votre esprit. Et si je vous invite pour une rencontre intensive là-bas, il se peut que par anticipation d’un inconvénient, votre esprit se laisse quelque peu déranger par la crainte de l’inconnu.

Pour en revenir au Seitai, la crainte de l’inconnu est certainement le handicap majeur qui ralentit les curieux qui ne franchissent pas le pas. C’est aussi un handicap pour ceux qui, plutôt que se livrer sans retenue dans l’étude de l’art pour en tirer le meilleur, se contentent de comprendre intellectuellement. Ça donne parfois un air savant, mais la duperie ne dure pas longtemps.

Le meilleur remède contre la crainte  du nouveau, de l’inconnu et du “mental menteur”, est probablement la curiosité. Je parle de cette curiosité spontanée qui pousse les jeunes enfants à découvrir le monde. Ne projetant aucune pensée, aucune mémoire sur ce qu’ils rencontrent, il découvrent, explorent, et s’amusent profondément. C’est aussi la qualité indispensable d’un bon étudiant. Celui qui dit “je sais” ou, “ça y est j’ai compris !” n’apprend plus et n’aide personne en réalité.

Malgré sa position et sa forte personnalité, c’est déroutant de voir combien M. Imoto peut faire preuve de candeur et de curiosité, à la manière d’un enfant. Je crois que cela fait partie des atouts d’une grande intelligence.

Se donner un délais réaliste pour réussir

Enfin, une fois que le mental fait silence, l’expérience peut prendre place et faire progresser l’étudiant vers la compréhension de l’art. C’est là le dernier point important que ratent beaucoup de gens.
Dans la connaissance initiatique, Rudolph Steiner disait que le plus gros défaut des apprentis, venait du fait qu’ils ne s’accordent pas le temps nécessaire à l’apprentissage. Ils veulent savoir, ils veulent comprendre, ils désirent la reconnaissance que procure le savoir. La sève n’est pas encore montée au fruit qu’ils veulent déjà le consommer.

Lorsque j’étudiais les techniques de Yawara de la très ancienne école Yagyû Shingan Ryû, M. Shimazu Kenji m’a ouvert les yeux sur l’attitude japonaise face à l’apprentissage.

Un jour, un membre du groupe un peu plus avancé que moi, alla voir M. Shimazu en se plaignant que sa technique de combat ne marchait pas. D’un seul coup, M. Shimazu bondit sur l’étudiant le grondant de mille mots avec une énergie foudroyante. “Comment peux-tu dire que la technique ne marche pas ? Elle existe depuis des générations justement parce qu’elle a survécue aux champs de bataille. Je ne t’enseigne pas des théories pour réfléchir, mais des techniques que de vrais guerriers ont éprouvé dans la réalité ! Combien de fois as-tu pratiqué cette technique jusqu’à ce qu’elle soit juste ? Si tu veux philosopher et apprendre des théories, va à l’université !”

Ces quelques mots résument tout un univers qui se présente alors sous un jour différent. Apprendre et pratiquer. Apprendre et pratiquer. Apprendre et pratiquer. Quand le corps est enfin forgé, et non avant, l’essence de la technique prend sa place, et la compréhension émerge. Ce donner le temps pour parvenir à ce stade est un vrai challenge pour les esprits d’aujourd’hui habitués à recevoir des résultats instantanés. Pourtant, il me semble que c’est ainsi que nos alleux apprenaient les choses de la vie. C’était long, mais ils aboutissaient à un savoir (-faire) naturel immense que nous oublions bien vite à force d’empressement.

Maintenant que vous comprenez l’importance de vous donner le temps pour bien apprendre chaque aspect d’un enseignement, que la connaissance intellectuelle n’aboutit pas au savoir-faire, et que le changement dépend de votre implication directe, vous entrevoyez probablement la “voie” que propose le Seitai sous une lumière différente.

Demain je mettrai sur le blog un extrait d’un des derniers ateliers que j’ai animé. Le contenu est simple et se révèlera immédiatement applicable dans votre vie quotidienne, dans la mesure où vous arrivez à appliquer les trois points que je viens de partager avec vous.

Vivez pleinement

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Olivier